Vous trouvez une offre 150 € moins chère, vous appelez votre assureur, et on vous répond que votre contrat court jusqu’à sa date anniversaire — dans huit mois. C’est faux dans la grande majorité des cas. Depuis la loi Consommation de 2014, dite loi Hamon, un contrat d’assurance habitation de plus d’un an se résilie à tout moment, sans motif et sans frais.
Les quatre situations qui ouvrent la résiliation
1. Votre contrat a plus d’un an : résiliation libre
C’est le cas le plus simple et le plus courant. Passé la première année de souscription, vous résiliez quand vous voulez, sans avoir à vous justifier. L’assureur ne peut vous réclamer aucune indemnité, et il doit vous rembourser la part de cotisation correspondant à la période non couverte, en principe dans les trente jours suivant la fin du contrat.
Le préavis est d’un mois : votre contrat prend fin un mois après la réception de votre demande par l’assureur.
2. Vous déménagez
Un déménagement change le risque assuré, ce qui autorise une résiliation en cours d’année même si le contrat a moins d’un an. Vous disposez de trois mois à compter du changement pour notifier votre assureur, et la résiliation prend effet un mois après la notification.
C’est la voie à privilégier quand vous changez de logement et que le nouveau n’a pas le même profil : surface différente, passage de l’appartement à la maison, zone plus exposée aux cambriolages. Attention à la période de transition, où vous détenez parfois deux logements en même temps : la question de la couverture pendant le déménagement se règle avant de partir, pas après.
3. L’assureur augmente son tarif
Une hausse de cotisation n’ouvre un droit de résiliation que si votre contrat le prévoit expressément — relisez la clause consacrée à la révision des cotisations dans vos conditions générales. Quand cette clause existe, vous disposez généralement d’un délai court après réception de l’avis d’échéance, souvent quinze à trente jours, pour refuser l’augmentation et résilier.
Les hausses imposées par la loi, comme la révision de la surprime catastrophes naturelles, n’ouvrent en revanche aucun droit de résiliation particulier.
4. Vous êtes encore dans la première année
Sans déménagement ni autre changement de situation, vous devez attendre la date anniversaire. La loi Chatel vous protège sur ce point : l’assureur doit vous envoyer un avis d’échéance au plus tard quinze jours avant la fin du délai de résiliation. S’il envoie cet avis en retard, ou pas du tout, vous pouvez résilier à tout moment à compter de la date d’envoi, sans pénalité. Conservez l’enveloppe ou le courriel : le cachet fait preuve.
Ce que doit contenir votre demande
Une lettre courte suffit, mais elle doit être sans ambiguïté. Quatre éléments sont indispensables :
- vos nom, prénom et adresse, ainsi que l’adresse du logement assuré si elle diffère
- le numéro de contrat, sans lequel votre demande traînera
- la mention explicite de la résiliation et son fondement : « conformément à l’article L113-15-1 du code des assurances » pour un contrat de plus d’un an, « au titre de l’article L113-16 » en cas de déménagement
- votre demande de remboursement du prorata de cotisation non couru, et un IBAN si l’assureur ne l’a pas déjà
Trois canaux fonctionnent : la lettre recommandée avec avis de réception, l’envoi par courriel quand l’assureur l’accepte, et le formulaire de résiliation de l’espace client — devenu obligatoire pour les contrats souscrits en ligne. Le recommandé reste le plus sûr, parce qu’il vous donne une date de réception opposable, et c’est cette date qui déclenche le préavis.
Ajoutez un justificatif quand vous invoquez un motif : avis de changement d’adresse, bail du nouveau logement, acte de vente.
Enchaîner les deux contrats sans jour de trou
Le risque réel du changement d’assurance n’est pas le tarif, c’est la journée de non-couverture. Un dégât des eaux survenu entre deux contrats n’est indemnisé par personne, et pour un locataire l’absence d’assurance constitue un motif de résiliation du bail.
L’ordre des opérations compte :
- Choisissez d’abord le nouveau contrat et obtenez une attestation d’assurance avec une date de prise d’effet, sans encore signer de résiliation.
- Fixez la prise d’effet du nouveau contrat au lendemain de la fin du contrat actuel — donc au moins un mois et un jour après l’envoi de votre résiliation.
- Envoyez la résiliation et notez la date de réception portée sur l’avis.
- Vérifiez la concordance des dates dès que vous recevez la confirmation de résiliation. Un écart de quelques jours se corrige facilement à ce stade auprès du nouvel assureur ; après un sinistre, plus du tout.
- Transmettez la nouvelle attestation à votre bailleur si vous êtes locataire, et à votre syndic si le règlement de copropriété l’exige.
Une alternative existe pour les contrats de plus d’un an : certains assureurs proposent de se charger eux-mêmes de la résiliation de l’ancien contrat. C’est confortable, mais demandez une confirmation écrite que la démarche a été effectuée — la responsabilité du trou de couverture vous revient si elle ne l’a pas été.
Les erreurs qui coûtent cher
- Arrêter le prélèvement sans résilier. L’absence de paiement ne met pas fin au contrat : l’assureur met en demeure, suspend la garantie puis résilie, et vous restez redevable des cotisations impayées. Le passage en fichier des résiliés complique ensuite toute nouvelle souscription.
- Comparer uniquement la cotisation annuelle. Deux contrats au même prix peuvent avoir 150 € et 500 € de franchise, exclure ou non le vol sans effraction, plafonner différemment l’indemnisation du mobilier. Comparez à garanties et franchises équivalentes, sans quoi l’économie est illusoire.
- Oublier de déclarer ses vraies caractéristiques. Surface réelle, nombre de pièces principales, présence d’une dépendance, objets de valeur : une déclaration approximative à la souscription devient un motif de réduction d’indemnité au moment du sinistre.
- Résilier pendant un sinistre en cours. La résiliation n’annule pas le dossier déjà ouvert, mais elle complique sérieusement le suivi et les échanges d’expertise. Attendez la clôture.
- Croire qu’une signature en ligne lance tout. Souscrire prend deux minutes, résilier déclenche un préavis d’un mois. Le double paiement sur un mois est normal et prévisible ; le trou de couverture, lui, ne l’est pas.
Si vous passez par un contrat souscrit entièrement sur internet, les mêmes règles s’appliquent, avec un atout : l’obligation d’un parcours de résiliation en ligne. Les spécificités de l’assurance en ligne jouent en votre faveur sur ce point précis, puisque la trace de votre démarche est horodatée dans votre espace client.
Questions fréquentes
Combien de temps faut-il pour changer d’assurance habitation ?
Comptez environ un mois et demi du début à la fin : le préavis légal est d’un mois à compter de la réception de votre demande, auquel s’ajoutent quelques jours pour l’acheminement du courrier et la souscription du nouveau contrat.
Mon assureur peut-il refuser ma résiliation ?
Non, dès lors que votre contrat a plus d’un an ou que vous invoquez un motif légitime prévu par le code des assurances. En cas de blocage, adressez une réclamation écrite au service dédié de l’assureur, puis saisissez le médiateur de l’assurance, dont la saisine est gratuite.
Vais-je récupérer les cotisations déjà payées ?
Oui, la part correspondant à la période postérieure à la résiliation vous est remboursée au prorata, en principe dans les trente jours. Si l’échéance annuelle vient d’être prélevée, cela peut représenter plusieurs centaines d’euros : réclamez-les si le versement ne vient pas.
Faut-il prévenir son propriétaire du changement d’assureur ?
Oui si vous êtes locataire : l’assurance habitation est obligatoire et le bailleur peut vous demander l’attestation chaque année. Envoyez-lui la nouvelle attestation dès que vous la recevez, sans attendre sa demande.



